Une ferveur populaire hors-norme

Au-delà des supporters fascinés par « l’ultra » violence, le prototype du fan russe et slave en général ne souffre d’aucune chaîne en ce qu’il s’agit d’aller soutenir son équipe de cœur. La ferveur des groupes de fans dépasse notre propre conception des choses, qui se cantonne essentiellement à l’idée d’un football familial, considéré en tant que divertissement pur. De l’autre côté, on en fait pratiquement une raison de vivre, au prix d’une loyauté irréprochable et d’un engagement sans faille. A l’image des supporters croates contre la Turquie (en immersion avec le « peuple » croate), c’est sous cette forme que la « religion » et le patriotisme des pays de l’Est peuvent être un bénéfice pour le football et une véritable stimulation pour leurs équipes, si ardemment soutenues.

Le moteur slovaque

1871070-39418393-2560-1440Au cœur du milieu, deux personnages excessifs, deux joueurs hors normes, capable de sacrifices pour porter haut les couleurs de leur pays. D’un côté, Marek Hamsik offre toute la panoplie du meneur de jeu : passe longue, passe courte, tir pied droit, pied gauche et non moins efficace sur ses dribbles. Moins habituel pour son rôle, c’est aussi un combattant invétéré, qui ne laisse pas son reste dans les matches compliqués. A Naples, après quelques saisons difficiles, il a retrouvé son niveau avec Sarri, faisant de lui l’un des principaux architectes de la belle place de dauphin glanée cette saison. Son alter-ego n’est autre que le tank du Milan : Juraj Kucka. Il est partout et le fait sentir à ses adversaires, qu’il harcèle sans interruption, faisant de lui une plaie, en particulier pour les créateurs. Non content d’être le Gattuso slovaque, il se lance parfois dans des percées énergiques et pleines d’abnégation, supplantant les spécialistes du poste, s’ils manquent d’inspiration. Sa volonté sans limite est sa force. Il est survolté dans les grands matches, où ils s’implique plus qu’à l’accoutumé; encore un argument pour ne pas manquer cette affiche…

Sur les cimes de l’Oural

Artem Dzuyba est, à tous les niveaux, le point central de l’attaque russe. Tous les ballons offensifs passent par lui. Que ce soit en déviation, de la tête, du pied, ou par d’habiles protections de balle, il est une véritable plaque tournante. Son gabarit et sa taille (1m94) lui garantissent la suprématie sur une majorité de ballons, si bien qu’il épuise les défenses, susceptibles, au fil du match, de commettre la faute d’inattention qui leur coûtera un but. Au delà du jeu, Dzuyba a également un caractère bien trempé, en témoignent ses déclarations post-incidents : « Je ne comprends pas la réaction des médias anglais qui prétendent que les supporters anglais sont des anges. C’était 50-50. Il y a des informations venant de France. Moi, j’en ai d’autres ». Remonté et prêt à défendre son pays, quel que soit le contexte, il possède toute les qualités pour rentrer dans le cœur des fans russes et qui sait, marquer l’Euro de son sceau.

Le Cuirassé Potemkin

180054623_B978919035Z.1_20160612084817_000_GPH70A4GD.3-0Igor Akinfeev est l’homme providentiel de la Russie contre l’Angleterre. Il semble avoir tourné la page après sa bourde monumentale contre la Corée du Sud lors du Mondial 2014. Une erreur qui participera à l’élimination de son équipe, troisième à la fin de la phase de groupes. Mais le gardien russe vaut mieux que ça. Il le démontre dès la première échéance de cet euro, repoussant nombre de tentatives anglaises, rendant indolores les errements défensifs de ses coéquipiers et conservant ainsi les chances de son équipe, qui le lui rendra bien, dans les ultimes minutes de jeu. Les slovaques savent désormais à quoi s’attendre, ils feront face à un ennemi récalcitrant, qui ne se laissera pas submerger, sauf si ses camarades jouent contre lui, sauf mutinerie…

Un combat indécis

Sept confrontations ont vu s’opposer les deux nations, mais personne n’a, jusqu’alors, pris l’avantage aux points : deux victoires de chaque côté et trois matches nuls. L’affiche s’annonce donc plutôt équilibrée, même si la forme actuelle des slovaques les positionnent dans la peau de l’outsider. Mais voilà, la Russie, malgré un bloc solide, a montré une désorganisation ponctuelle qui l’a parfois mise dans des situations pénibles, tandis qu’en face le jeu court des milieux slaves pourrait mettre à mal les grands centraux russes, sans oublier la présence de Vladimir Weiss (auteur d’un petit pont sur Marquinhos il y a deux ans) sur le banc…

La rencontre s’annonce âpre, mais la victoire passe sans doute par une invention des quelques créateurs qui foulerons l’herbe lilloise. Qui de Smolov ou Hamsik se sortira du domaine de la lutte ? Réponse ce soir.