Une histoire française

En 1954, devant l’absence d’un tournoi d’envergure entre les différents ténors d’Europe, Gabriel Hanot, rédacteur en chef de l’Equipe, en propose la création. Une idée qui recevra l’aval de la toute jeune UEFA et qui sera suivie de la rédaction d’un règlement, quelques mois plus tard, paru dans les colonnes de l’Equipe. La compétition débute en septembre 1955, grâce à l’implication du quotidien français, qui supervise toutes les opérations, réunit les dirigeants et donne forme au projet. Il est inutile de rappeler combien l’initiative fut fructueuse, puisque d’années en années, le tournoi n’a cessé de prendre de l’importance, malgré les différents changements qu’il subissait.

Le vaincu superbe, le vainqueur en herbe

img_mosaic_r1_c6Le premier sommet du football européen verra donc la participation d’une équipe française, comme une reconnaisse allusive, pour le pays qui vient d’offrir au vieux continent, son nouveau passe temps. Le Real Madrid et le Stade de Reims se rejoignent donc à l’Ouest de la capitale, dans le dessein de s’attribuer une coupe encore vierge : le Parc des Prince accueil la première finale de ce qui est aujourd’hui la Ligue des Champions. Avec Raymond Kopa ou encore Michel Hidalgo, les Rémois connaissent une génération dorée, les contours d’une tradition qui trouve là ses premiers interprètes : la France du beau jeu. Un héritage délaissé suite aux échecs de l’époque Platini, qui s’enracine ensuite lorsqu’il prend la tête de la sélection et sera substituée par le cynisme glorieux d’Aimé Jacquet. Avant le jeu rigoureux et physique que nous connaissons aujourd’hui, il existait une autre philosophie, une volonté offensive que l’on nommera « football champagne », en référence à l’inimitable vin provenant de la région de Reims. Un jeu effervescent, la légèreté comme critère de réussite, loin des exigences physiques en vigueurs actuellement. C’est ainsi que Reims crée sa légende, s’appuyant dans le même temps sur le talent unique de Raymond Kopa, joueur d’une finesse et d’une intelligence rare. A l’époque, s’il existe bien un homme qui peut lui disputer ses mérites, c’est Alfredo Di Stefano. L’argentin est à l’origine des premiers succès du club, qui le mèneront sur le toit de l’Europe, que le Real occupe encore à présent, plus que jamais cette année. L’histoire a besoin de grands instigateurs, en l’occurrence d’un joueur qui marque une génération, s’inscrit dans l’imaginaire collectif et promeut le nom de son institution. De fait, le Real en devient une, parmi les plus prestigieuses.

La finale avec 10 attaquants
Pour revenir à cette fameuse finale, il faut rappeler l’écart entre les schémas de jeu actuels et ceux de jadis. grid_01Les espagnols évoluent avec cinq attaquants et Di Stefano en référent au milieu de cette ligne, tandis que les Rémois jouent dans un dispositifs analogue, avec seulement trois défenseurs et un bloc porté vers l’attaque, Kopa en pointe. C’est un match que Reims prend par le bon bout : dès la 6ème minute, Leblond reprend le corner de Kopa et envoi la balle au fond, avant que ce même Leblond n’offre le deuxième but à Templin. Malheureusement, le rapide avantage acquit par les joueurs champenois ne sera qu’une illusion, quatre minutes après leur second but, Di Stefano réduit déjà la marque. Le début de la fin, puisque Reims s’inclinera finalement 4-3, malgré le but du 2-3 inscrit par Michel Hidalgo. Un cru 1956 avec une robe élégante et des notes audacieuses, mais qui manque de structure pour exprimer le final tant miroité.

Reims à l’épreuve du temps

Il est ardu de faire bien vieillir un champagne… une réalité que Reims apprend à ses dépens. Depuis les années 50′, le club n’a jamais réussi à réitérer les exploits qui ont bâti leur légende. Pis, le club semble être rentré dans le rang, s’être assimilé au reste de la Ligue 1, perdant ainsi son identité singulière. Faute d’un projet plus ambitieux, il se préoccupe à présent mener une belle campagne en Ligue2, préoccupation bien éloignée de son formidable passé. Le match de gala qui se profile à l’occasion des soixante ans de cette affiche mémorable, devrait être, pour les français, une simple évocation du passé; à l’inverse le Real Madrid a su durer dans le temps a partir du transfert de Raymond Kopa, concrétisé après cette même finale. Des trajectoires qui se sont croisées, pour ensuite s’éloigner et seul un match amical semble aujourd’hui leur pouvoir offrir l’objet d’une nouvelle rencontre l’histoire prendra-t-elle pivot sur ce symbole, serait-ce l’auspice d’un renouveau ou la confirmation de l’irréversible décadence ? Avant de trouver quelque élément de réponse, rendez-vous ce soir 22h30.