On peut se poser des questions, on peut se demander si la route est la bonne. On peut aussi critiquer. Mais ça ne veut pas dire mettre en doute ni la valeur, ni le passé, ni le palmarès d’un entraineur extraordinaire qui est à la recherche du bon équilibre pour donner au PSG un nouveau style de jeu, toujours gagnant, mais d’une façon différente. Peut-être plus semblable à celui de Séville ou de l’Atletico qui ne cherchait pas la domination, mais plutôt l’efficacité. C’est peut-être la solution pour aller plus loin en Ligue des Champions, c’est probablement ce qu’il manquait au PSG sous Laurent Blanc, quand la possession devenait stérile et l’aventure européenne se terminait en avril.
Si on peut se poser des questions c’est parce que des choses ne marchent pas encore à plein régime, mais c’est normal après 4 matches officiels et seulement 2 mois de travail. Une défaite ce n’est rien de grave, et les responsabilités sont à partager entre les erreurs des joueurs et celles de l’entraineur. Parce que même avec l’enthousiasme de la nouveauté, et le respect pour quelqu’un qui a un palmarès plus grand que celui du foot français (même si en termes d’importance, on peut discuter si 3 médailles d’argent sont plus importantes qu’une en or), on ne peut pas nier que même Emery dimanche soir a commis quelques fautes, des choses qu’on avait déjà vues dans ses 2 premiers matches de championnat, lors des victoires face à Bastia (possession) et Metz (contre).5110091lpw-5110982-article-moutinho-monaco-jpg_3746851_660x281

La possession
Au niveau tactique Emery demande moins de possession, plus d’agressivité sur les jeux de contre et les espaces. C’est ce que dit Marco Verratti à la Gazzetta dello sport, une idée du football qui ne s’éloigne pas trop de ce que disait Pastore concernant le passé Sevillan d’Emery, il y a quelques jours: « À Séville, la première chose qu’il demandait c’était de bien défendre, progresser et faire les contre-attaques ».
Mais déjà un premier problème: à Paris c’est presque impossible d’avoir moins le ballon, ou de faire des contre-attaques. A Paris on se retrouve face à des défenses regroupées derrière qui obligent à la possession, qui limitent les appels des attaquants. En Ligue 1, le PSG en 3 matches a eu une possession moyenne de 63%, la même que la saison dernière sous les ordres de Blanc et supérieure à celle des 2 saisons précédentes avec le cévenol. Déjà un problème: qu’est-ce qu’il se passe quand tu ne veux pas garder le ballon mais que les autres équipes t’attendent derrière? Réponse: on cherche des passes rapides, dans des situations compliquées et logiquement on risque de perdre plus de ballons que d’habitude. La preuve est dans les 144 ballons perdus face à Monaco dimanche dernier (33 par Di Maria sur les 93 touchés). Dans le pire match de la saison dernière, face à l’OL le solde négatif était de seulement 114.

Les contres
1921327-40422025-2560-1440Ballon perdu = occasion de contre pour l’adversaire, une situation qu’il faut prévenir avec un travail de couverture des milieux et de sacrifice des attaquants. Est-ce que c’était le cas face à l’ASM? Pas trop. On peut le voir déjà sur le premier but monégasque: Raggi récupère la balle au milieu, se fait 50 mètres balle au pied et décale pour Sidibé qui centre pour Moutinho. Qui va couvrir sur le latéral défensif monégasque? L’ailier parisien? Non. Le milieu de gauche? Non. C’est Thiago Motta, en sentinelle qui va tenter de combler le vide du couloir gauche parisien, mais Raggi est déjà arrivé à la limite de la surface. Autre problème, auquel je suis sûr à 100% qu’Emery va trouver la solution: quand Aurier et Kurzawa montent, qui couvre leurs arrières? Di Maria ou Lucas? Pour ce qu’on a vu ils ne sont ni capables ni intéressés par ce genre de travail. L’espoir c’est de voir un changement d’attitude pour le bien être collectif, sous les ordres d’un vrai leader sur le banc comme est l’espagnol. L’image emblématique c’est celle du but parisien. Trois hommes sont dans la surface monégasque: Aurier à gauche (qui donne la passe), Cavani (qui marque), Kurzawa (qui est sur le deuxième poteau) à droite. On est en situation de 2-0 pour Monaco et c’est donc normal d’attaquer sans trop regarder derrière, mais ça fait réfléchir aux risques que le PSG peut courir derrière, et le but du 3-1 avec un couloir gauche de la défense parisienne totalement ouvert. Encore une fois, c’est qu’une question d’habitude: la mentalité d’Emery est que c’est préférable de gagner 4-3 que 1-0. C’est mieux pour le public, pour le spectacle, pour les attaquants. Mais pour gagner 4-3 il faut marquer 4 buts, si on en marque que 1 ça finit 3-1, comme dimanche soir.

L’OL

stat PSG OLPar contre, le PSG avait tout bien fait face à l’OL au trophée des Champions: un match qui s’était mis sur les bons rails dès le début et où l’OL avait laissé beaucoup d’espaces aux Parisiens avec des couloirs jamais vraiment en sécurité. Kurzawa s’est baladé face à Rafael, Morel a vécu une soirée cauchemardesque et le PSG sans dominer le jeu a eu beaucoup d’occasions dans un match qui aurait pu terminer avec un écart supérieur si sur le 4-0 les Parisiens avaient continué avec la même intensité jusqu’à la fin.
Les stats parisiennes du match sont très intéressantes:
41% de possession 10 tirs dont 7 cadrés (16 et 6 pour l’OL) 16% de long passe (le double en rapport a l’OL) 79% de passes réussies (face au 87% de l’OL)
Beaucoup plus de duels gagnés: 57%s vs 43% et bien 62.5% face au 37.5% dans le jeu aérien. Combattive, énergique, attentive et cynique. C’était ça l’équipe qui a dominé le trophée des Champion, face à un adversaire qui ne donnait pas l’impression d’avoir compris qu’en face il y avait un PSG différent de celui de Laurent Blanc.

On peut encore se poser des questions sur la compo (Verratti titulaire?) ou les changements face à l’ASM (Ben Arfa à 10 minutes de la fin? Meunier premier changement?), ou aux débats qu’on a vu parfois sur le terrain: « J’ai vu des attitudes surprenantes sur le terrain, des joueurs qui s’engueulent – disait Christophe Dugarry hier – ce n’est pas bon signe, ça ne sent pas bon en début de saison. Les coqs sont de sortie sans Ibra. Certains veulent s’affirmer. Soit Emery ne gère pas ses troupes, soit les joueurs veulent être Calife à la place du Calife « Mais il ne faut pas aller trop loin.
La vérité est que dans le vestiaire il n’y a pas d’anarchie, les débats sur le terrain concernaient les mouvements des joueurs et les positions à tenir. C’est vrai, par contre, qu’il y avait un peu de confusion: ça arrive quand il y a un changement. Et ça va s’améliorer avec le temps. Mais la défaite de Monaco, par contre, reste dans les yeux et au classement, mais seulement pour 15 jours. L’avenir peut donner à Emery et au PSG la possibilité de faire quelque chose qui peut laisser des traces pour toute l’histoire. Les erreurs d’hier, peuvent devenir la clé des victoires de demain.